Mes
origines sont de mer par mon père et de ville par ma mère.

Je suis
de l’un et de l’autre, et d’un autre encore.

Ils m’ont
donné leur nom, c’est important un nom.

Lourd à
porter parfois, surtout quand il y en a deux.

De ma
mère j’ai le visage, ses cheveux blancs, la peau brune.

De mon
père j’ai la couleur de son sang, de ses yeux, c’est moins
évident.

Ma mère
aimait danser, mon père la musique romantique, l’autre les
fanfares sans doute.

Moi
j’aime la musique.

Je lui
appartenait, elle voulait me dévorer.

Lui il
avait déjà une soif douloureuse.

Il
mangeait des huitres et je savais que je les aimais.

J’avais
sept ans.

Il m’a
donné la liberté de penser, son intelligence des choses.

Il a
allégé mon fardeau, je n’ai jamais marché au pas.

Il a
rencontré très tôt mon style particulier, il aurait dû me le
faire savoir.

Et tant
d’autres choses que je ne peux lui en vouloir.

Ma mère
gardait de son père le sens des affaires, et de l’argent… je lui
ressemble.

L’argent
lui brulait les doigts, il m’en a pris, je crois… l’alcool
toujours.

Mais il
pouvait donner sa chemise à plus malheureux.

Moi je
garde les miennes.

J’aime
cuisiner, manger, boire un verre entre amis.

Il était
cuisinier, il tenait ça de sa mère… mais l’alcool l’a tué.

J’ai
horreur des médocs, elle en abusait, comme le sens du sacrifice.

Son
regard plongeait dans la mer et ses secrets, il les connaissait

Et moi je
m’interroge.

Il avait
une façon de tendre les bras qui lui était propre, je l’envie
encore.

Ils
étaient de trop peu de mots…. de ces mots qui font vivre.

De mes
pères j’ai gardé la nostalgie, leurs blessures, leur solitude.

L’un a
fait silence trop tôt.

L’autre
a choisi sans mot de partir un dimanche de fête des pères
l’après-midi.

Je me
souviens il faisait soleil.

Moi je
suis vivant et je veux vivre… pour eux peut-être !

Je suis
de l’un et de l’autre, et d’un autre encore.

Ils m’ont
donné leur nom, c’est important un nom.

Lourd à
porter parfois, surtout quand il y en a deux.

Et ce qui
me vient de l’un ou de l’autre qu’importe,