Revenez
sur terre…

Un
dimanche soir d’élections, les écologistes sont à la fête…
Ils enregistrent une forte progression en voix et doublent leur
nombre de sièges au conseil communal de Mouscron.

Euphorie
exubérante d’une soirée arrosée de quelques blondes locales.

Les
représentants se posent en vainqueurs et rêvent d’être
sollicités pour constituer une majorité durant les 6 années de
leur mandat. « Nous sommes prêts à discuter. Nous attendons
une invitation… » lançaient les élus quelques heures après
la clôture du scrutin. « Nous sommes prêts à assumer nos
responsabilités ».

Refrains
mille fois entonnés !

C’est
beau !

À
défaut de victoire, le succès fait rêver.

Sauf
qu’à y regarder de plus près la situation n’est pas aussi
claire que ce qu’on imagine au premier abord.

Retour
en arrière.

Le
CDH occupe le poste de bourgmestre depuis des décennies à Mouscron.
Malgré la perte dans des circonstances malheureuses de deux de leurs
leaders pourvoyeurs de voix, il obtient une majorité absolue en
engrangeant, une fois de plus, près de 10,000 voix, par très loin
de la moitié des votes exprimés. D’élection en élection la
ligne de démarcation ne change pas beaucoup. L’usure du pouvoir,
ils ne doivent pas trop savoir ce que cela veut dire.

Force
est de constater que l’électorat mouscronnois leur reste
indécrottablement fidèle. Dès lors, comment ne pas reconnaître
que ce sont eux les véritables vainqueurs de ce scrutin?

Pour
ma part je leur crie, bravo et je leur tire mon chapeau.

Cela
dit je m’interroge en tant que citoyen moyen, non affilié à un
parti, qui revient dans sa ville après plusieurs années d’absence.

Que
s’est-il donc passé, ou plutôt pas passé ? Pourquoi une
alternative écologique ne parvient-elle pas à émerger de manière
incontournable dans la politique de cette ville sans toutefois me
laisser aller à rêver d’une majorité?

Une
précaution avant de poursuivre. Je ne suis pas un politologue,
professionnel des analyses sociologiques. Je me pose en simple
citoyen curieux de la chose publique, à l’écoute de ce qui se
passe autour de moi. Je ne représente donc que moi-même et ne suis
au service de personne. Ma liberté est mon seul passeport.

Un
constat d’abord. Le PTB, d’obédience communiste marxiste n’était
pas présent lors du scrutin contrairement à d’autres villes où
ils ont fait un carton en prenant principalement des voix au PS. En
bonne arithmétique et en absence d’alternative de gauche, les voix
perdues du PS local sembleraient avoir profité largement à Ecolo…

Je
m’interroge donc : lors des prochains scrutins ces voix
resteront-elles chez écolo ou se tourneront-elles vers l’extrême
gauche ?

Douce
euphorie d’un soir d’élection qui pourrait se transformer dans 6
mois en profonde désillusion.

De
nombreuses problématiques traversent la société. Elles sont autant
de fractures dans le milieu sociétal. Elles empruntent de nouvelles
lignes de démarcation dans la population. Deux d’entre elles
débordent du cadre habituel belgo-belge pour s’inviter bien
au-delà des limites de notre espace communal et même national. Je
veux parler des problèmes de l’immigration et du changement
climatique.

Mon
propos n’est pas d’en faire une analyse ni même un tour
d’horizon, d’autres le font avec beaucoup plus d’autorité que
moi. Ce qui m’intéresse présentement c’est l’impact de ces
problématiques au niveau de ma commune.

Et
là, grosse déception y compris chez « écolo »


sont passés les candidats issus de l’immigration? J’ai eu bien
de la peine à en trouver alors que 22,8 % de la population est
d’origine étrangère.

Une
nouvelle question surgit: les a-t-on délibérément laissés de côté
pour esquiver le débat ?

Dans
la campagne électorale, qu’est devenue la motion de Mouscron ville
ouverte ? Une simple déclaration d’intention oubliée dès le
lendemain de son approbation ?

Je
me réjouis sans réserve par contre de voir qu’à Bruxelles des
bourgmestres sont aujourd’hui les fils d’immigrés. C’est une
bouffée d’air frais dans le cloaque des propos de la droite et
l’extrème-droite.

O.
Chastel, le président du MR, avait mis en garde ses troupes et
demandé de laisser dans l’ombre cette question dérangeante. Le
message a semble-t-il été bien entendu dans tous les partis
mouscronnois alors même qu’elle ne fera que prendre de
l’importance dans l’avenir vu la situation qui prévaut dans les
pays d’Afrique. La pression migratoire liée aux dégâts
environnementaux poussera les gens à chercher d’autres lieux,
d’autres pays pour tout simplement ne pas crever. Aucune barrière,
aucun mur ne pourra arrêter ceux qui n’ont plus rien à perdre.

« Plus
rien à perdre ». Prenons-nous conscience de ce que ces mots
veulent dire ?

Le
second problème n’est pas sans liens avec le premier à savoir le
réchauffement climatique. Aujourd’hui certains climatologues
doutent de la possibilité de limiter le réchauffement de notre
planète Terre en dessous de 2 °C. Notre mode de vie et surtout
celui de nos enfants et de nos petits-enfants en seront profondément
et douloureusement affectés.

Certes
à chaque niveau de pouvoir la réponse ne peut être que limitée,
mais chaque acteur a le pouvoir et le devoir à son niveau d’apporter
une partie de la solution à ce problème. Que se soit au plan
individuel, communal, provincial, régional fédéral ou mondial,
tous nous portons la responsabilité de mettre en œuvre des
solutions. Elles diffèrent certes d’un niveau à un autre, mais
chaque niveau est essentiel et irremplaçable dans l’avenir à
construire.

Comment
ces enjeux ont-ils pu être ignorés ? Mouscron serait-il un
havre préservé du monde extérieur ?

Malheureusement
l’imagination et le courage politiques « au pouvoir »
ont déserté Mouscron lorsqu’on examine la campagne électorale.
Certes il y a eu un débat devant les caméras de télévision, des
prospectus, une inflation d’affiches, des slogans interchangeables,
mais tout cela n’a suscité que très très peu de réactions dans
la population. Tout se passait entre responsables politiques très
courtois, dans des échanges empreints de cordialité, bien loin d’un
salutaire affrontement des idées. Un peu comme si les uns et les
autres se ménageaient pour préserver
ses chances d’entrer une coalition au lendemain des élections à
moins qu’une fois de
plus l’important fût de ne pas bousculer l’électeur.
Stratégie
politique ou démission ?

Des
exemples ? En voici trois:

Au sujet de la suppression de la « taxe sur les trottoirs »
au dire de plusieurs spectateurs, le débat est resté tout en
surface entre gens qui se ménagent.

Personne
n’a relevé non plus qu’une candidate CDH, membre de la
commission de son parti sur les affaires familiales, ne s’est
jamais prononcée sur l’enfermement des enfants en centre fermé.

Dernier exemple : que pensent les citoyens qui voient des
candidats écologistes des élus de l’ancien collège communal
prendre un verre un lundi soir dans un café de la Grand-Place à
quelques jours du scrutin ? Vous avez la réponse… Non…
Dommage pour vous.

Mais
n’anticipons pas et revenons au soir de l’élection.

Lors
du débat postélectoral devant les caméras de télévision, lorsque
Madame Vienne affirme qu’il y a une « gauche à Mouscron »
en y incluant le PS et Ecolo, le représentant de ce dernier reste
sans réaction. À ce que je sache, Ecolo a toujours voulu sortir du
pur débat « gauche droite » et se profiler comme un
parti politique qui tente de faire de la politique « autrement ».
L’absence de réaction en dit long sur la mise à l’écart des
fondements de l’écologie politique à Mouscron.

Et
cette attitude est alimentée par les candidats eux-mêmes lorsqu’ils
osent avouer leur désintérêt complet pour la « Province »
J’en suis encore sidéré et je me sens carrément berné, floué.
C’est un déni de démocratie. Un abandon de responsabilités.
J’espère seulement que personne n’a filmé cette intervention
pour la poster un jour sur les réseaux sociaux.

Finalement,
je me dis que la cause écologique n’a pas beaucoup évolué depuis
des années et certainement pas en profondeur quand j’entends les
réactions de désintérêt des habitants vis-à-vis de la chose
publique. La campagne aurait pu être un moment de réflexion
collective. Occasion ratée.

Il
ne faut dès lors pas s’étonner de la perte de confiance du
citoyen dans le monde politique. Le parti des abstentionnistes fait
un bien meilleur score que ceux qui se prétendent vainqueurs.

Ces
attitudes ne grandissent pas les hommes et femmes politiques et
donnent raison aux électeurs quand ils affirment « qu’ils
sont tous pareils et que de toute façon ils feront ce qu’ils ont
envie de faire sans nous demander notre avis »

Heureusement,
l’écologie politique ne se réduit pas à un seul parti. J’espère
seulement qu’elle redeviendra par cette force d’imagination et de
persuasion, cet aiguillon sociétal débordant sur toute les couches
de la population. C’était le cas à l’origine du mouvement
écologique qui n’hésitait pas devant un discours plus radical et
provocateur.

Dommage
qu’écolo semble l’avoir oublié au profit d’une gestion que
d’autres, aux yeux des citoyens, peuvent assumer aussi bien qu’eux.
Les 10,000 voix du CDH l’ont pensé ainsi.

Il
reste 6 mois pour me convaincre du contraire…